Nassif Hitti

Al-Shorouk · 16 novembre 2020

Une politique de neutralité positive active : une nécessité pour le Liban

سياسة حياد إيجابى ناشط.. ضرورة للبنان

719 mots·4 min de lecture·Tome I

Traduction française de la rédaction du site ; elle n'a pas été revue par l'auteur. L'original arabe, ci-dessous, fait foi.

L'un des traits constants de la politique libanaise est que les regards des différentes forces et composantes politiques restent tournés, fût-ce à des degrés divers, vers l'extérieur, l'extérieur régional en particulier, lui-même naturellement influencé, à des degrés divers, par l'extérieur international et plus précisément par le rôle des grandes puissances internationales dans la région. Il s'agit d'observer la direction des vents politiques et de mesurer à quel point ils conviennent à telle ou telle partie au Liban : soufflent-ils vers davantage de heurts et d'affrontements sous toutes leurs formes, dont le Liban est d'ordinaire l'otage ou l'une des victimes, et dont il supporte une grande part des coûts, lesquels dépassent d'ordinaire ses capacités ? Ou bien les vents s'orientent-ils vers l'apaisement, les marchés et les ententes, provisoires ou de longue durée, globales ou limitées, qui contribuent à une stabilité d'étape pour le Liban, même si, dans certains cas, une partie libanaise en profite plus qu'une autre ? L'histoire des guerres et des conflits libanais a montré que le détonateur principal est d'ordinaire l'élément extérieur, en raison des alignements libanais, politiques, idéologiques ou identitaires, sur tel ou tel pôle extérieur. Y ont toujours contribué la géographie politique du Liban et l'importance, ou l'attrait, de cette position dans « le jeu des nations » régional et international. La fragilité de la société libanaise l'a facilité, avec ses divisions verticales qui ont encouragé ces alignements ou y ont poussé. Le Liban, par sa composition, attire et facilite ces alignements sur l'extérieur régional. Certains voyaient dans le Liban un « Hong Kong » ou la « Suisse du Moyen-Orient », tandis que pour d'autres le Liban tenait lieu de « Hanoï » pour toutes sortes de révolutions, quelles qu'en fussent les enseignes. Les acteurs et les enseignes changent, à l'extérieur comme à l'intérieur, et le jeu libanais demeure le même.

Si les choses restent en l'état, entre immobilisme et sombre crise politique s'agissant de faire naître un gouvernement porteur d'une vision d'ensemble et d'un engagement réel en faveur d'une réforme structurelle globale, le Liban est aujourd'hui sur la voie de l'effondrement ou de l'explosion sociale, avec les lourdes conséquences que cela comporte et qui n'épargneront personne.

Cela exige, comme certains y appellent, de tenir autant que possible l'opération de sauvetage économique à l'écart des grandes politiques ou des grands choix, ou du jeu de l'alignement sur l'extérieur, et c'est là un pari qui n'a rien de facile : sauver le navire libanais du naufrage, comme nous l'avons indiqué dans un précédent article, est plus que nécessaire pour tous, et le temps ne joue pas en faveur du sauvetage ; au contraire, le coût et les difficultés s'accroissent chaque jour qui passe. Mais la protection, l'accompagnement et la consolidation de l'opération de sauvetage national, qui n'a pas encore été lancée, restent dans l'attente de l'élaboration du « triptyque » que forment le plan d'action, la feuille de route et le calendrier, que le gouvernement dont on attend la formation est censé porter et auquel il est censé s'engager pleinement ; ils restent, dans une large mesure, otages de la partie d'échecs régionale et du pari que les parties libanaises font sur elle, à partir de positions différentes. Tout cela exige que nous réfléchissions tous à la manière de concevoir une politique étrangère libanaise fondée sur ce que l'on appelle la neutralité positive active : le Liban ne peut évidemment pas être un État neutre au sens du droit international, selon le modèle de la neutralité suisse par exemple. Le Liban est un État arabe, l'un des États fondateurs de la Ligue des États arabes, et il lui faut naturellement respecter les constantes arabes, en particulier dans le cadre du conflit israélo-arabe, quand bien même ces constantes se seraient affaiblies ou auraient vacillé à un moment donné. Le Liban ne peut s'en écarter, mais cela ne signifie évidemment pas qu'il doive porter seul, comme il est d'usage, le fardeau d'être le « Hanoï de la révolution », même si les slogans ont changé d'une période à l'autre.

Tout cela exige de s'orienter vers l'élaboration des fondements et des règles d'une politique libanaise qui repose, dans les faits et non au niveau du discours officiel, sur le concept de neutralité positive active. Il n'est pas admissible que le Liban demeure une carte ou une pièce d'échecs dans des conflits régionaux, quelles que soient les enseignes de ces conflits : parmi ces fondements et ces règles qu'il conviendrait de consacrer, malgré la difficulté de la tâche, figurent le renforcement du principe de non-ingérence dans les affaires d'autrui et du refus de parler « par-dessus la tête » des autorités d'autres États au nom de positions politiques, idéologiques ou autres, ainsi que le respect effectif et le renforcement des règles politiques de règlement des différends entre États, et l'action en conformité avec elles. Il nous faut élaborer ces concepts pour jeter les bases d'une politique de cette nature, à laquelle adhèrent toutes les composantes politiques nationales et qui est, en fin de compte, dans l'intérêt de tous, même si telle ou telle partie tire profit de son absence à un moment donné.

Et parce que le Liban est l'État le plus affecté par les évolutions et les tensions régionales, il a un intérêt certain à contribuer, directement ou avec d'autres dans la région, et parfois de manière préventive si possible, à jouer le rôle de pompier dans la région. Certains y verront peut-être une forme d'idéalisme, et ce n'est, en vérité, pas chose facile. Mais, d'un point de vue très réaliste, ce rôle demeure plus que nécessaire si nous voulons vraiment éviter au Liban de rester le prisonnier permanent des conflits et des affrontements, sous toutes leurs formes, dans la région. Faute de définir ce rôle, il ne sera pas réellement possible de reconstruire la patrie et de surmonter les défis auxquels nous faisons face sur tous les plans, politique, économique et social, défis qui sont bien entendu liés, imbriqués et complémentaires.

Lancer aujourd'hui le processus de réforme économique globale est plus que nécessaire, mais cela demeure insuffisant s'il n'est pas consolidé par un travail mené en parallèle pour élaborer une politique de neutralité positive active, afin que le Liban ne demeure pas le prisonnier permanent de conflits auxquels nous participons tous sous des formes diverses et dont nous payons le prix dans la société, l'économie, la sécurité et la politique.

L'original arabe

من السمات المستقرة فى السياسة اللبنانية أن تبقى أنظار مختلف القوى والمكونات السياسية مشدودة ولو بدرجات مختلفة إلى الخارج الإقليمى بشكل خاص والمتأثر بالطبع بدرجات مختلفة بالخارج الدولى وتحديدا دور القوى الدولية الكبرى فى الإقليم، وذلك لمراقبة اتجاه الرياح السياسية ومدى ملاءمتها لهذا الطرف أو ذاك فى لبنان: فهل هى نحو مزيد من الصدام والمواجهة بجميع أشكالها التى عادةً ما يكون لبنان رهينة لها أو إحدى ضحاياها والحامل للكثير من تكاليفها التى عادة ما تفوق طاقته، أم أن الرياح تتجه نحو التهدئة والصفقات والتفاهمات الموقّتة أو الطويلة الأجل، الشاملة أو المحدودة، والتى تساهم باستقرار مرحلى للبنان ولو استفاد طرف لبنانى أكثر من طرف آخر فى بعض الحالات. تاريخ الحروب والصراعات اللبنانية دلّت على أن صاعق التفجير الأساسى عادةً ما يكون العنصر الخارجى بسبب الاصطفافات اللبنانية السياسية أو العقائدية أو الهوياتية مع هذا القطب الخارجى أو ذاك. ساهمت فى ذلك دائما الجغرافيا السياسية للبنان وأهمية أو جاذبية ذلك الموقع “فى لعبة الأمم” الإقليمية والدولية. وسهّل ذلك هشاشة الاجتماع اللبنانى بانقساماته العامودية التى شجّعت أو دفعت نحو تلك الاصطفافات. فلبنان بتركيبته يجذب ويسهّل تلك الاصطفافات مع الخارج الإقليمى. البعض كان يرى فى لبنان “هونغ كونغ“ أو “سويسرا الشرق الأوسط“ والبعض الآخر كان لبنان له بمثابة “هانوى” لجميع أنواع الثورات أيا كانت عناوينها. تتغيّر الأطراف والعناوين فى الخارج والداخل وتبقى اللعبة اللبنانية هى ذاتها.

لبنان اليوم إذا استمرت الأمور على ما هى عليه من جمود وتأزم سياسى قاتم على صعيد إنتاج حكومة تحمل رؤية شمولية والتزام فعلى بالإصلاح الهيكلى الشامل، على طريق الانهيار أو الانفجار الاجتماعى مع ما يحمله ذلك من تداعيات جسيمة تطال الجميع.

يستدعى ذلك كما يدعو البعض إلى تحييد عملية الإنقاذ الاقتصادى قدر الإمكان من السياسات أو الخيارات الكبرى أو لعبة الاصطفاف مع الخارج وهذا رهان ليس بالسهل: فإنقاذ المركب اللبنانى من الغرق، كما أشرنا فى مقالة سابقة، أمر أكثر من ضرورى للجميع والوقت لا يعمل لصالح الإنقاذ، بل تزداد التكلفة والصعوبات كل يوم يمضى. لكن حماية ومواكبة وتحصين عملية الإنقاذ الوطنى التى لم تنطلق بعد تبقى بانتظار بلورة “ثلاثية” خطة العمل وخريطة الطريق والجدول الزمنى التى يفترض أن تحملها وتلتزم بها كليا الحكومة المنتظر تشكيلها، تبقى رهينة لدرجة كبيرة للعبة الشطرنج الإقليمية ورهان الأطراف اللبنانية عليها من مواقع مختلفة. يستدعى ذلك كله أن نفكّر جميعا فى كيفية صياغة سياسة لبنانية خارجية تقوم على ما يعرف بالحياد الإيجابى الناشط: لبنان بالطبع لا يمكن أن يكون دولة محايدة بالمفهوم القانونى الدولى حسب نموذج الحياد السويسرى مثلا. لبنان دولة عربية من الدول المؤسسة لجامعة الدول العربية وعليه بالطبع الالتزام بالثوابت العربية وبالأخص فى إطار النزاع العربى الإسرائيلى ولو ضعفت أو اهتزت هذه الثوابت فى لحظة معينة. فلا يمكن للبنان الخروج عنها ولكن لا يعنى ذلك بالطبع أن يتحمّل لبنان وحيدا كما جرت العادة وزر أن يكون “هانوى الثورة“ حتى لو تغيرت الشعارات بين مرحلة وأخرى.

يستدعى ذلك كله التوجه نحو بلورة أسس وقواعد لسياسة لبنانية تقوم بالفعل وليس على مستوى الخطاب الرسمى، على مفهوم الحياد الإيجابى الناشط. فلا يجوز أن يبقى لبنان ورقة أو حجر شطرنج فى صراعات إقليمية أيا كانت العناوين التى تحملها تلك الصراعات: من هذه الأسس والقواعد التى يفترض تكريسها، ورغم صعوبة ذلك، العمل على تعزيز مفهوم عدم التدخل فى شئون الآخر وعدم التحدث “فوق رأس” سلطات دول أخرى باسم مواقف سياسية أيديولوجية أو غيرها وكذلك الاحترام الفعلى وتعزيز القواعد السياسية لتسوية الخلافات بين الدول والعمل بموجبها. المطلوب أن نبلور هذه المفاهيم لنؤسس لسياسة من هذا النوع تلتزم بها جميع المكونات السياسية الوطنية وهى فى نهاية الأمر لمصلحة الجميع رغم استفادة هذا الطرف أو ذاك من غيابها فى لحظة معينة.

ولأن لبنان هو الدولة الأكثر تأثرا بالتطورات والتوترات الإقليمية فله مصلحة أكيدة فى أن يساهم مباشرة أو مع آخرين فى المنطقة، وأحيانا بدور استباقى إذا أمكن، بلعب دور الإطفائى فى المنطقة. وقد يرى البعض أن ذلك بمثابة أمر مثالى وهو فى حقيقة الأمر ليس بالشىء السهل. ولكن من منظور جد واقعى يبقى هذا الدور أكثر من ضرورى إذا أردنا فعلا إنقاذ لبنان من أن يبقى أسيرا دائما للصراعات والمواجهات بجميع أشكالها فى المنطقة. فعدم بلورة هذا الدور لن يسمح بالفعل بإعادة بناء الوطن والتغلّب على التحدّيات التى نواجهها على جميع الأصعدة السياسية والاقتصادية والاجتماعية وهى بالطبع تحديات مترابطة ومتداخلة ومتكاملة.

إن إطلاق عملية الإصلاح الاقتصادى الشامل اليوم أمر أكثر من ضرورى ولكنه يبقى غير كاف إذا لم يتم تحصينه من خلال مواكبته بالعمل على بلورة سياسة حياد إيجابى ناشط حتى لا يبقى لبنان أسيرا دائما لصراعات نشارك فيها جميعا بأشكال مختلفة وندفع ثمنها فى الاجتماع والاقتصاد والأمن والسياسة.

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