Asharq Al-Awsat · 17 août 2025
Le Liban et les scénarios possibles
لبنان والسيناريوهات المحتملة
Traduction française de la rédaction du site ; elle n'a pas été revue par l'auteur. L'original arabe, ci-dessous, fait foi.
Asharq Al-Awsat a publié une version anglaise de cette chronique. La lire en anglais ↗
La tension s'accroît au Liban et, avec elle, la fièvre politique, au lendemain de la décision du gouvernement libanais relative à l'exclusivité des armes aux mains de l'autorité libanaise. Cela se produit dans un climat régional, en particulier dans le voisinage immédiat du Liban, de plus en plus brûlant, avec des possibilités d'escalade ouvertes, comme en témoignent le discours politique israélien et, bien entendu, les opérations militaires et répressives sur le terrain à Gaza et en Cisjordanie. Ce qui n'est pas sans effet, fût-il indirect, sur la situation au Liban, tant il est vrai que le Liban a toujours été prisonnier de sa géographie politique.
La décision de l'autorité libanaise (présidence et gouvernement) constitue un pas essentiel, ou plutôt le pas essentiel, vers la réactivation et le renforcement de la logique de l'État aux dépens de la logique de ce que nous appelons le « pouvoir de fait », à l'ombre de la fédération des confessionnalismes politiques qui domine la réalité politique au Liban.
L'exclusivité des armes et, avec elle bien entendu, l'exclusivité de la décision de guerre et de paix aux mains de l'autorité libanaise constituent la condition fondamentale du retour à la consécration de la logique de l'État. Une logique absente, ou rendue absente, depuis cinq décennies et demie environ, fût-ce parfois à des degrés et sous des formes multiples, et que différentes parties libanaises, et d'autres, extérieures, ont confisquée, directement ou par l'entremise de leurs alliés libanais, à des étapes et à des moments différents, et sous des intitulés multiples. L'accord de Taëf, qui a tiré parti des leçons et des enseignements des guerres précédentes et qui est venu fonder une étape nouvelle et différente au Liban, a affirmé la nécessité d'étendre l'autorité de l'État à l'ensemble du territoire libanais. Pour rappel, la souveraineté n'est pas chose sélective, qui vaudrait pour le rôle de l'État dans certains domaines et non dans d'autres ; elle n'est pas davantage une affaire relative dans la géographie nationale, que l'État partagerait avec des forces de fait, quelle que soit l'ampleur de la représentativité de ces forces et quels que soient les intitulés doctrinaux, politiques et stratégiques qu'elles arborent.
Pour rappel, avant la libération intervenue en mai 2000, la résistance armée était chose naturelle et jouissait d'une légitimité et d'un soutien national large et puissant. La guerre de 2006, qu'Israël a menée comme une guerre de destruction, fut une riposte à l'opération « Promesse sincère », qui reposait sur l'enlèvement de soldats israéliens par le Hezbollah, ce que le parti a reconnu par la suite, lorsqu'il a dit par la voix de son secrétaire général : « Si j'avais su que l'opération intervenait après que les “règles du jeu”, ou règles d'engagement au combat, avaient changé après la libération par rapport à ce qu'elles étaient auparavant. Et qu'elle fournissait par conséquent à Israël le prétexte voulu pour mener sa guerre de destruction. »
La guerre de soutien au Hamas, ou guerre de l'unité des fronts, que le parti a engagée en 2023, quel qu'ait été son degré limité au début, a elle aussi fourni à Israël le prétexte d'une grande guerre de destruction contre le Liban : une guerre qui se poursuit du côté israélien et qui est susceptible d'escalade, après l'« accord de cessation des hostilités » de novembre dernier, qu'il s'agisse de la puissance de feu ou de l'élargissement aux cibles qu'Israël considère comme « stratégiques ».
Malgré la position de principe et de solidarité, arabe et humaine, à l'égard de Gaza, le Liban n'avait pas à être entraîné dans cette guerre qui sert des objectifs stratégiques à l'échelle régionale, et dont le peuple libanais a payé et paie le prix dans les « guerres des autres ».
La crise actuelle et une situation ouverte à diverses possibilités d'escalade, après le rejet par le Hezbollah, catégorique et virulent dans sa formulation, de la décision du gouvernement sur l'exclusivité des armes, rejet adossé à la position du « tandem chiite » en la matière, malgré la différence de ton, et aussi de vision, entre les deux parties, le Hezbollah et le mouvement Amal, ainsi que la surenchère verbale du parti, porteuse de toutes sortes de menaces, placent le Liban devant des scénarios que l'on peut énumérer comme suit :
Premièrement : le glissement vers une guerre civile, que certains redoutent et dont d'autres agitent la menace. C'est une éventualité peu probable à mon sens, même si quelques accrochages devaient se produire sur le terrain au cas où l'escalade se poursuivrait telle quelle, car aucune des parties politiques libanaises n'y a intérêt, ni n'a la capacité d'entrer dans le tunnel d'une telle guerre, dont nul ne sait comment sortir si elle venait à éclater. Elle est donc, à mon sens, peu probable, au vu des leçons du passé, d'autant que tous seraient perdants dans cette guerre.
Deuxièmement : une crise politique fondée sur la démission des ministres du « tandem chiite » du gouvernement, celui-ci perdant alors sa conformité au pacte national selon le « tandem », ou voyant cette conformité ébranlée comme d'autres l'estiment, sans pour autant la perdre selon un autre avis. Mais cela réduit bien entendu fortement la capacité politique, et pratique aussi, de mettre en œuvre la décision sur l'exclusivité des armes. Le pays entre alors dans une crise ouverte qu'accompagneront sans aucun doute des tentatives d'endiguement et d'apaisement et la recherche d'un « compromis possible » qui sauve la face à tous, afin de revenir à la négociation sur la mise en œuvre de la décision du gouvernement, décision irréversible, comme il ressort clairement de la position de ce dernier et du soutien intérieur et extérieur dont il bénéficie.
Troisièmement : l'ouverture d'un dialogue au sein du gouvernement et par son intermédiaire, que les tenants du pouvoir qualifient de dialogue « de mise en œuvre » tandis que le tandem chiite le qualifie de dialogue « de principe », avec la facilitation d'« États amis et concernés » qui offrent certaines garanties à qui en cherche, afin d'empêcher une grande explosion politique. Nous entrons ainsi dans le jeu de l'ajournement, lui aussi porteur de tensions susceptibles d'escalade, d'endiguement et de réduction, sur le chemin difficile qui mène, d'une manière ou d'une autre, à la solution.
Le deuxième ou le troisième scénario pourrait, dans ce contexte, pousser à la recherche d'un « nouvel accord de Doha » sous le parrainage de parties extérieures, certaines anciennes, d'autres nouvelles dans ce rôle ; de nouvelles ententes s'y dessineraient, même si les rôles et les positions des parties libanaises concernées ont changé, ce qui pourrait faciliter le travail de mise en œuvre de la décision sur l'exclusivité des armes dans le cadre d'un ensemble intégré de solutions. J'estime que les États étrangers amis du Liban et soucieux d'y assurer la stabilité devraient, pour éviter d'en venir à l'élaboration d'un nouvel accord de Doha auquel il ne sera pas facile de parvenir en comparaison du passé, ou pour éviter un surcroît de tension alors que l'horizon d'une entente est bouché, s'employer à pousser Israël, compte tenu des capacités et des moyens de pression et d'influence dont ils disposent en la matière, à achever son retrait des cinq points et à accepter la démarcation ou la confirmation de la frontière libano-israélienne conformément à la convention d'armistice de 1949, ce qui faciliterait la mise en œuvre de la décision sur l'exclusivité des armes.
En somme, le Liban se trouve aujourd'hui à la croisée des chemins, et la crainte est de voir gaspiller davantage de temps avant de parvenir à s'engager sur la voie du retour à l'État, par la porte de la récupération par celui-ci de ce qui constitue la plus importante de ses responsabilités et de ses attributs : détenir la décision de guerre et de paix et l'exclusivité des armes. Gaspiller davantage de temps accroît le coût de la reconstruction du rôle de l'État dans ses différentes missions nationales, de la politique à l'économie et au social, reconstruction qui est dans l'intérêt de toutes les composantes nationales du Liban. Mais la condition nécessaire en est que l'État recouvre son rôle et les responsabilités nationales fondamentales que nous avons évoquées.
L'original arabe
يزداد التوتر في لبنان وتزداد معه السخونة السياسية غداة قرار الحكومة اللبنانية بحصرية السلاح في يد السلطة اللبنانية. يحصل ذلك في ظل مناخ إقليمي، وبالأخص في الجوار اللبناني المباشر، يزداد سخونة مع احتمالات تصعيد مفتوحة، كما يدل على ذلك الخطاب السياسي الإسرائيلي وبالطبع الأعمال العسكرية والقمعية على الأرض في غزة والضفة الغربية. الأمر الذي يترك تأثيراً، ولو غير مباشر، على الأوضاع في لبنان طالما أن لبنان كان دائماً أسيراً لجغرافيته السياسية.
قرار السلطة اللبنانية (رئاسة وحكومة) يشكل خطوة أساسية أو بالأحرى الخطوة الأساسية نحو إعادة تفعيل وتعزيز منطق الدولة على حساب منطق ما نسميه “سلطة الأمر الواقع” في ظل فيدرالية الطائفيات السياسية المتحكمة بالواقع السياسي في لبنان.
حصرية السلاح ومعه بالطبع حصرية قرار الحرب والسلم بيد السلطة اللبنانية يشكل الشرط الأساسي للعودة إلى تكريس منطق الدولة. المنطق الغائب أو المغيب منذ خمسة عقود ونصف العقد تقريباً من الزمن، ولو بدرجات وأشكال متعددة أحياناً، والذي صادرته أطراف مختلفة لبنانية وأخرى خارجية بشكل مباشر أو بواسطة حلفائها اللبنانيين في مراحل وأوقات مختلفة، وتحت عناوين متعددة. اتفاق الطائف، مستفيداً من دروس وعبر الحروب السابقة الذي جاء ليؤسس لمرحلة جديدة مختلفة في لبنان، أكد ضرورة بسط سلطة الدولة على كامل الأراضي اللبنانية. وللتذكير فإن السيادة ليست أمراً انتقائياً بالنسبة لدور الدولة في مجالات دون غيرها، وليست مسألة نسبية في الجغرافيا الوطنية تتشارك بها الدولة مع قوى أمر واقع أياً كان حجم تمثيل هذه القوى أو العناوين العقائدية والسياسية والاستراتيجية التي تحملها.
وللتذكير، ما قبل التحرير الذي تم في مايو (أيار) 2000، كانت المقاومة المسلحة أمراً طبيعياً وتحظى بشرعية ودعم وطني واسع وقوي. حرب 2006 التي قامت بها إسرائيل حرباً تدميرية؛ كانت رداً على عملية “الوعد الصادق” التي قامت على خطف الجنود الإسرائيليين من قِبَل “حزب الله” التي اعترف الحزب لاحقاً، عندما قال على لسان أمينه العام: “لو كنت أعلم بأن العملية جاءت بعدما تغيرت (قواعد اللعبة) أو قواعد الانخراط القتالي بعد التحرير عما كانت عليه من قبل. وبالتالي وفرت الحجة المطلوبة لإسرائيل للقيام بحربها التدميرية”.
حرب الإسناد ل“حماس” أو حرب وحدة الساحات التي بدأها الحزب في عام 2023، أياً كانت درجتها المحدودة في البداية، وفرت أيضاً الحجة لإسرائيل لحرب التدمير الكبيرة ضد لبنان: الحرب المستمرة من طرف إسرائيل والقابلة للتصعيد، بعد “اتفاق وقف الأعمال العدائية” في نوفمبر (تشرين الثاني) الماضي، من حيث قوة النيران أو التوسع بالأهداف التي تعتبرها إسرائيل “استراتيجية”.
ورغم الموقف المبدئي والتضامني العربي والإنساني تجاه غزة، فلم يكن على لبنان أن يجر إلى هذه الحرب التي تخدم أهدافاً استراتيجية على المستوى الإقليمي، دفع ويدفع ثمنها الشعب اللبناني في “حروب الآخرين”.
التأزم الحاصل والوضع المفتوح على احتمالات تصعيد مختلفة بعد رفض “حزب الله” الحاسم والحاد من حيث لغته لقرار الحكومة بحصرية السلاح، واستناده إلى موقف “الثنائي الشيعي” في هذا الخصوص، مع اختلاف اللهجة، وكذلك الرؤية بين الطرفين: “حزب الله” و“حركة أمل”، والتصعيد الكلامي الحامل لكل أنواع التهديدات من طرف الحزب، يضع لبنان أمام سيناريوهات يمكن إدراجها كما يلي:
أولاً: الانزلاق نحو حرب أهلية كما يتخوف البعض ويخوف البعض الآخر بها، وهو أمر مستبعد في تقديري، ولو حصلت بعض المناوشات على الأرض فيما لو استمر التصعيد على ما هو عليه، لأن لا أحد من الأطراف السياسية اللبنانية له مصلحة في ذلك، ولا القدرة على الدخول في نفق هذه الحرب التي لا يدرك أحد كيفية الخروج منها إذا ما حصلت، فهي بالتالي، وفي تقديري، مستبعدة، بناءً على دروس الماضي، خصوصاً أن الجميع سيكون خاسراً في هذه الحرب.
ثانياً: أزمة سياسية تقوم على استقالة وزراء “الثنائي الشيعي” من الحكومة، فتفقد هذه الأخيرة ميثاقيتها حسب رأي “الثنائي” أو تهتز ميثاقيتها كما يرى آخرون دون أن تخسر هذه الميثاقية حسب رأي آخر. لكن يخفض ذلك بالطبع بقوة من القدرة السياسية والعملية أيضاً على تنفيذ قرار حصرية السلاح. فيدخل البلد في أزمة مفتوحة تواكبها دون شك محاولات احتواء وتهدئة والبحث عن “تسوية ممكنة” تحفظ ماء الوجه للجميع للعودة إلى التفاوض حول تنفيذ قرار الحكومة الذي لا رجوع عنه، كما هو واضح من موقف الأخيرة والدعم الداخلي والخارجي الذي تحظى به.
ثالثاً: الدخول في حوار ضمن الحكومة وعبرها، يسميه أهل الحكم “تنفيذياً” فيما يسميه الثنائي الشيعي “مبدئياً” بتسهيل من “دول صديقة ومعنية” تقدم بعض الضمانات لمن يبحث عنها، لمنع حصول انفجار سياسي كبير، وندخل بذلك في لعبة التأجيل الحاملة أيضاً لتوترات قابلة للتصعيد والاحتواء والتخفيض في الطريق الصعب إلى الحل بشكل أو بآخر.
السيناريو الثاني أو الثالث قد يدفع في هذا السياق نحو البحث عن اتفاق “دوحة جديد” برعاية من أطراف خارجية بعضها قديم والآخر جديد، في هذا الدور تتبلور تفاهمات جديدة، ولو تغيرت أدوار ومواقع الأطراف اللبنانية المعنية، الأمر الذي قد يسهل العمل على تنفيذ قرار حصرية السلاح ضمن حزمة حلول متكاملة. وأرى أن على الدول الأجنبية الصديقة للبنان والمعنية بتوفير الاستقرار في لبنان، تلافياً للذهاب نحو العمل على بلورة اتفاق دوحة جديد لن يكون من السهل التوصل إليه مقارنة مع الماضي أو تلافياً لمزيد من التوتر في ظل انسداد الأفق نحو التفاهم، العمل على دفع إسرائيل، لما تملكه من قدرات وأوراق ضغط وتأثير في هذا الشأن، على استكمال انسحابها من النقاط الخمس والقبول بترسيم أو بتثبيت الحدود اللبنانية الإسرائيلية وفقاً لاتفاقية الهدنة لعام 1949، الأمر الذي يسهل عملية تنفيذ قرار حصرية السلاح.
خلاصة الأمر أن لبنان اليوم على مفترق طرق، والخوف يكمن في هدر مزيد من الوقت قبل التوصل إلى ولوج طريق العودة إلى الدولة من بوابة استعادتها لما هو أهم مسؤولياتها وسماتها، وهو امتلاك قرار الحرب والسلم وحصرية السلاح. هدر مزيد من الوقت يزيد من تكلفة إعادة بناء دور الدولة في مهامها الوطنية المختلفة من السياسة إلى الاقتصاد والاجتماع، الذي هو في مصلحة جميع المكونات الوطنية في لبنان. ولكن الشرط الضروري لذلك يكمن في استعادة الدولة لدورها ولمسؤولياتها الوطنية الأساسية التي أشرنا إليها.